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Les révolutions biotech : 3/ Neuralink, le nouveau pouvoir du cerveau

Quand Elon Musk fait des rêves, il a souvent tendance à tout faire pour les réaliser. Sa nouvelle startup « NeuraLink » est-elle sur le point de faire un pas de géant dans le développement des interfaces cerveau/machine ?

Initialement publié sur le site de l'Association Francaise Transhumaniste - Technoprog

Les interfaces cerveau/machines sont partout. Votre clavier et votre souris en sont de communs exemples. Il s’agit d’une technologie qui s’installe progressivement dans nos sociétés, et s’inscrit donc directement dans l’objectif d’augmenter et d’améliorer l’humain, valeur fondamentale du transhumanisme.

   Mais connecter un cerveau avec un système électronique n’est pas chose aisée. C’est pour cela qu’il a fallu commencer par passer par une connexion en quatre parties : le cerveau, un exécuteur (le corps humain), un détecteur et l’ordinateur. Il vous faut par exemple utiliser votre bras et votre doigt, et manipuler une souris, pour que votre cerveau communique à un ordinateur ce qu’il souhaite réaliser. Mais le progrès, particulièrement dans le domaine du high-tech, cherche souvent faire converger les différentes technologies. Les termes de singularité technologique et de convergence NBIC en sont par ailleurs les témoins directs.

   Pourquoi ne pas faire pareil avec les interfaces cerveau/machines ? En effet, plutôt que d’utiliser des intermédiaires encombrants et techniquement limités, comme le corps humain, l’idée de converger toutes les composantes de l’interface vers une seule entité, qui-plus-est discrètement logée au sein du cerveau, pourrait permettre de décupler les potentialités de celles-ci. L’idée d’une interface neuronale directe est née à partir de ce constat. Le projet NeuraLink d’Elon Musk également.

   “ Nos yeux peuvent traiter rapidement une grande quantité d’information, mais notre système de saisie en utilisant nos doigts pour taper des message est incroyablement lent “ Elon Musk

   Analyser les motivations d’Elon Musk quant à l’idée de créer NeuraLink est importante pour comprendre l’impact sur notre société et notre vie que pourraient avoir ces technologies si elles étaient aussi communes que nos smartphones. Surtout à ce moment singulier où l’on commence à entrevoir impossible l’avenir sans des interfaces cerveau/machine précises et puissantes. Pour le milliardaire américain Elon Musk,  patron entre-autre de Tesla et SpaceX, augmenter l’humain est la clé pour rester compétitif face au développement exponentiel de l’intelligence artificielle [1]. Il s’agirait donc d’un moyen de garder l’humain puissant face aux IA, évitant ainsi que des algorithmes contrôlent nos sociétés et nous aliènent par la même occasion.

   Avant de parler de la nouvelle entreprise de Musk NeuraLink, créé pour l’occasion, intéressons-nous au fonctionnement d’une interface neuronale directe à l’heure actuelle. Sans le savoir, vous en connaissez déjà quelques-unes. L’IRM et l’électroencéphalogramme sont par exemple des interfaces unidirectionnelles, capables d’enregistrer l’activité de notre cerveau. En fonction de la localisation de cette activité, les scientifiques sont capables de déterminer à quoi pensait le sujet observé. En effet, penser mentalement à une action, sans l’effectuer, comme lever le bras, active dans notre organe les mêmes zones que si nous nous levions réellement le bras.

   « Voir » une pensée sur ordinateur telle que « vouloir lever le bras » est relativement facile, l’aire motrice du cortex étant relativement développée. Mais plus la pensée est précise et complexe, comme écrire un texte, plus celle-ci est petite et localisée dans le cerveau. De ce fait, écrire un message par la pensée est bien plus complexe que lever le bras par la pensée. L’idée principale de NeuraLink est qu’en s’immisçant discrètement mais directement dans le cerveau, le dispositif peut capter l’activation de nos neurones d’une manière plus précise. C’est comme si nous disposions d’un appareil photo plus puissant, permettant d’avoir plus de pixels, et nous permettant ainsi de lire des écritures sur une photographie alors qu’elles étaient floues avant. Pour en revenir à notre précédente comparaison, une pensée motrice telle que lever le bras serait une grosse tache sur la photo (ici, sur l’image IRM), facilement repérable, alors que la pensée d’une phrase serait elle très petite et difficilement discernable.

   L’interface que développera NeuraLink est appelée Neural Lace, dentelle neurale en anglais. En effet, celle-ci sera probablement composée d’un fine grille, un maillage ultra-fin ressemblant à de la dentelle, déposée dans les couches de matières grises du cerveau, c’est-à-dire au coeur même du cortex cérébral. Des études précédant le développement de NeuraLink ont montré que des souris disposant de la dentelle ont vu le nombre et la taille des neurones augmenter autour de celle-ci. Ce système semble donc théoriquement acceptable, viable et à priori durable avec un système biochimique tel que nos réseaux de neurones.

À gauche : une dentelle neurale, à droite : le logo de NeuraLink

 À l’heure actuelle, nous ne pouvons pas encore communiquer et échanger avec un ordinateur comme nous échangeons avec une autre personne, la communication directe entre nous et la machine étant encore relativement sommaire. Certains chercheurs ont réussi à développer des jeux vidéos où le joueur peut piloter un vaisseau spatial par la pensée[2]. Là encore, il s’agit d’enregistrer des activités motrices, celles qui sont facilement détectables, puisque l’on demande par exemple au joueur de penser fortement de se déplacer vers la droite ou la gauche pour que le jeu vidéo réponde.

   Une autre utilisation actuelle des interfaces est, elle, utilisée à des fins médicales. Ces interfaces pourraient même s’inscrire dans une logique longévitiste, puisqu’elles sont utilisées pour traiter la maladie de Parkinson. Dans ce cas ce n’est pas le cerveau qui envoie des informations, mais l’ordinateur. C’est ce que l’on appelle la neurostimulation. La France est une des nations pionnières dans ce domaine. Grâce à une interface, dans ce cas nommée Stimulation Cérébrale Profonde, des signaux sont envoyés dans les zones touchées par la maladie, et permettent de supprimer certains symptômes de celle-ci tels que les tremblements et l’hypertonie musculaire [3]. Il est probable que NeuraLink commence par cette voie-ci, moins utopiste que l’idée d’un cerveau contrôlant des ordinateurs, mais tout aussi importante pour le progrès social. Cela permettrait à l’entreprise de bénéficier d’une bonne réputation, à cette heure où une partie des potentiels clients de NeuraLink sont encore réticents, à tort ou à raison, à l’idée de devenir transhumains.

   Épilogue : Si jamais l’aventure « Muskienne » vous intéresse, NeuraLink recrute actuellement de nombreuses personnes, du mécatronicien à l’électrochimiste, directement sur la page d’accueil de leur site.

Pour aller plus loin :

[1] L’augmentation compétitive n’est cependant pas l’unique manière de contrôler le développement des IA. Par exemple, changer notre système (économique, politique…) pourrait se révéler plus prometteur. Continuez votre réflexion sur notre article dédié à cette question.

[2] Voir la vidéo Youtube sur le sujet 

[3] Au delà d’une simple interface, les scientifiques pensent également qu’une émulation (simulation informatique) d’un cerveau entier pourrait permettre certainement de combattre ce type de maladies neurodégénératives. Voir l’étude récente sur le sujet

Member of the AFT-Technoprog association, I am primarily a neuroscience student. I am passionate about this field, as well as the exciting and important questions it offers: Where does consciousness come from? How can we improve our happiness or our intelligence? How to re-create a consciousness artificially? I define myself as optimist and sometimes utopian about the potentialities of human increases. It is in this sense that I joined the association AFT-Technoprog to promote a fair, stable, social and above all a sustainable transhumanism. To contact me: terry.perso@orange.fr



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