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Peut-on aimer un robot (ou une IA) ?

Dans de nombreuses œuvres de fiction, des humains développent des sentiments pour des robots ou des intelligences artificielles. Cela est-il pertinent ?

Initialement publie sur le site de l'Association Francaise Transhumaniste - Technoprog

Les robots d’apparence humaine sont un élément récurrent de fiction. Dans les œuvres récentes, on peut citer les séries Real Humans et Westworld ainsi que le film Ex Machina, où des personnages humains finissent par développer des sentiments pour des robots. On peut également citer le film Her, où le protagoniste tombe amoureux d’une IA personnifiée par une simple voix.

Le questionnement central est toujours le même : ces machines d’apparence humaine… sont-elles aussi « conscientes » que nous ? Elles semblent humaines de l’extérieur, mais leurs sentiments sont-ils réels, authentiques ? Ont-elles la même « sensation d’exister » que nous ?

Prétendre être humain

Dans le principe, cela n’a rien de sorcier : des humains peuvent déjà feindre certaines émotions face à d’autres humains. Nous n’avons pas besoin de ressentir des émotions pour prétendre les avoir. Une IA pourrait faire de même.

Mais pour ce faire, elle n’aurait pas besoin d’atteindre un niveau de sophistication quasi-humain, loin s’en faut. Car nous avons une irrépressible tendance à anthropomorphiser ce qui nous ressemble.

Les exemples les plus extrêmes de cela se trouvent sans doute au Japon. De nombreux hommes japonais estiment ainsi avoir une relation sentimentale avec des personnages féminins virtuels sur console portable… et parfois se marient avec ! Ces personnages sont rudimentaires, et toutes leurs réactions sont pré-programmées : on ne peut même pas parler d’IA faible. On peut également citer cette publicité (tout à fait sérieuse) pour une « copine holographique » à placer sur sa table de chevet :

Est-ce un problème ? Après tout, si cela peut rendre des gens plus heureux, il n’y a pas de jugement à porter.

Cependant, ces personnages virtuels ne sont clairement pas conscients. Ne se ment-on pas un peu à soi-même en les considérant comme tels ?

Quelle attitude adopter ?

Pour autant, il serait tout aussi extrême de rejeter en bloc toute anthropomorphisation d’avatars non-conscients (ou « semi-conscients »). Il y aurait peut-être un équilibre à trouver.

Ce qui suit n’engage que moi, mais l’on pourrait peut-être s’inspirer de l’attitude que nous avons par rapport aux personnages de fictions (romans, films, etc).

Face à un récit de fiction, nous avons deux attitudes simultanées :

  • D’un côté, nous nous laissons emporter par le récit. Nous nous attachons aux personnages, nous empathisons avec eux, nous ressentons de la joie, de la peur ou de la tristesse, nous rions…
  • De l’autre, nous sommes conscients qu’il s’agit d’un récit de fiction, que ces personnages n’existent pas, et donc ne ressentent pas d’émotions.

Ces deux attitudes semblent paradoxales, et pourtant, elles ne sont pas incompatibles. Nous pouvons nous immerger émotionnellement dans une fiction, tout en gardant à l’esprit qu’il s’agit d’une fiction.

Et si nous adoptions la même attitude face aux robots et IA à venir, qui mimeront des émotions humaines de façon très convaincante ?

Ni rejeter tout attachement en bloc, ni se mentir à soi-même en y voyant des alter ego complets. Simplement les prendre pour ce qu’ils sont : des personnages de fiction, parfois attachants, et offrant un potentiel d’immersion beaucoup plus fort.

Alexandre Maurer is a member of the french association Technoprog. His main interests are the social redistribution of the benefits of technology, and the possibilities of increased intelligence, perception and consciousness. He is PhD in computer science and is doing research on distributed algorithms.



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