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Et maintenant ? Pour un transhumanisme raisonné

Pourquoi développer un mouvement transhumaniste est important.

Initialement publie sur le site de l'Association Franзaise Transhumaniste - Technoprog

Cet article fait partie d’un livre sur le transhumanisme. Pour en savoir plus, cliquez ici.

Dans ce petit livre, j’ai tenté de montrer que l’on pouvait envisager un futur transhumaniste hautement désirable. Si l’on adhère à cette vision, on peut à présent se demander : comment la faire advenir ?

Mais avant d’aller plus loin, envisageons déjà le pire. Envisageons ce qui pourrait « mal tourner » par rapport à ces technologies.

Il y a d’abord le risque d’autodestruction globale. Le progrès technologique pourrait mener l’Humanité à sa perte, voire détruire toute vie. Cela pourrait par exemple résulter de l’utilisation d’armes nucléaires, d’autres armes nouvelles plus destructrices encore, et de conséquences voulues ou non d’autres progressions technologiques, notamment celles liées à l’intelligence artificielle.

Le second scénario est celui d’une dystopie technologique. Les technologies seraient utilisées pour contrôler la population, réduire les libertés, pratiquer un eugénisme totalitaire… Elles seraient utilisées pour créer un monde aliénant, avec peu de gagnants et beaucoup de perdants. De nombreuses œuvres de science-fiction explorent des futurs pessimistes de ce genre. Pour citer quelques exemples : Minority Report, Gattaca, Deus Ex…

Le troisième scénario est celui d’une dictature bioconservatrice. Il y aurait un rejet massif du progrès technologique, par peur ou par rigidité idéologique. L’humanité se retrouverait figée à un niveau technologique donné, et pourrait même régresser. Maintenir une telle interdiction nécessiterait des états autoritaires et coercitifs, avec une large dose de propagande et de censure. Ce serait également une société hypocrite et injuste : là où les plus pauvres seraient privés des bénéfices de la technologie, les plus riches y auraient accès via un marché noir, impossible à réguler et donc plus dangereux.

On peut visualiser le progrès technologique comme un fleuve. On ne peut pas stopper le cours d’un fleuve, car l’eau s’accumule et finit par faire céder le plus solide des barrages. En revanche, on peut dévier son cours en creusant des canaux aux bons endroits. Il faut donc faire en sorte que le fleuve du progrès technologique s’écoule dans la direction la plus favorable.

Il y a un équilibre à trouver entre ces scénarios extrêmes. Il ne faut pas faire preuve d’un optimisme béat : il faut être vigilant, prendre en compte les risques, et envisager le pire pour pouvoir l’éviter. Mais inversement, il ne faut pas céder à la facilité démagogique d’un « rejet en bloc » des technologies, comme si cela allait résoudre tous les problèmes et prévenir tous les écueils.

L’excès d’optimisme est dangereux, car on ignore alors les périls. Mais l’excès de pessimisme est également dangereux : on se dit qu’il n’y a pas d’avenir, et on vit selon la philosophie « après moi le déluge ». A quoi bon se battre pour un meilleur avenir, si le monde est condamné ?

Il est donc nécessaire d’avoir une vision positive (mais réaliste) de ce que pourrait être l’avenir ; d’envisager au moins un futur désirable.

Aujourd’hui, à en croire les médias, la société est partagée entre deux attitudes. La première est l’ignorance bienheureuse des enjeux technologiques, tout particulièrement dans la classe politique. La seconde est la défiance systématique envers la technologie, qui ne voit que le pire et refuse d’envisager le meilleur. Combinées, ces deux attitudes promettent un avenir politique bien sombre, dont les populismes actuels ne sont que le prélude.

Nous invitons à développer une troisième voie : un « optimisme réaliste »face à l’avenir, qui ne pose aucun tabou dogmatique, mais s’interroge sans cesse sur ce qui est possible et souhaitable. Notre idée est la suivante : plus cette attitude sera adoptée par une large part de la société, et plus l’avenir aura de chances d’être positif et fécond.

Il y a une lutte permanente pour la diffusion des idées. D’innombrables mouvements tentent de diffuser les idées auxquelles ils croient : socialisme, libéralisme, écologisme, religions, nationalisme… Ils se battent pour ou contre les droits des minorités, pour ou contre la liberté sexuelle, pour ou contre le partage des richesses. Certains sont oubliés, d’autres façonnent durablement des pays ou des sociétés.

Ce mouvement-là n’est pas différent dans le principe : il s’agit de diffuser des idées pour influencer l’avenir de la société. Les idées qui se diffusent largement dans la population déterminent les futurs programmes politiques et les futurs investissements, qu’ils soient publics ou privés.

On ne peut pas anticiper avec certitude les grandes questions qui se poseront dans 10, 20, 50 ou 100 ans. En revanche, on peut militer pour une vision, un état d’esprit, une attitude, une philosophie… qui permettra d’aborder ces questions sous un certain angle. Ni la politique de l’autruche, ni le nihilisme anti-technologie : une approche sereine du progrès et de ses potentialités immenses.

Chacun peut participer à la construction de ce mouvement, à la diffusion d’un « transhumanisme raisonné ». C’est ce que je tente de faire à mon échelle, dans le cadre de l’Association Française Transhumaniste.

Voir aussi : la vidéo « Optimistic Nihilism » de la chaîne Kurzgesagt (sous-titres français disponibles).

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Alexandre Maurer is a member of the french association Technoprog. His main interests are the social redistribution of the benefits of technology, and the possibilities of increased intelligence, perception and consciousness. He is PhD in computer science and is doing research on distributed algorithms.



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