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Comment sortir de la “Vallée de l’étrange” ? 1/2
Marc Roux   Jun 18, 2016   Silicon Maniacs  

Sous la plume de l’Association Française Transhumaniste questionnement autour de la vallée de l’étrange. Cette étrange vallée caractérise l’acceptable pour l’esprit humain.

Le mercredi 19 octobre prochain aura lieu en Angleterre une bien étrange compétition. Pour la 22ème année consécutive, un groupe de 4 personnes sera mis en concurrence avec une série d’ordinateurs face à un jury de spécialistes du langage (anglo-saxon) et de l’informatique. Le but de chacun : prouver qu’il est humain !

Originally published on Silicon Maniacs on 18/10/2011 

C’est l’informaticien Alan Turing qui, dans les années 50, a imaginé ce test en essayant de répondre à la question : quand et comment saurons-nous si l’intelligence artificielle a atteint le niveau de l’intelligence humaine. Turing a proposé : lorsqu’une machine parviendra à se faire passer pour un humain pendant au moins un temps assez long. En 2008, pour la première fois, un ordinateur est parvenu à tromper suffisamment longtemps trois des membres du jury. Un de plus, et le test de Turing était passé (voir le magazine Books, octobre 2011, “Quand le cerveau défie la machine”).

Mais pour rejoindre à égalité la communauté des êtres d’intelligence humaine, il ne suffira pas à l’intelligence artificielle de se faire passer quelque temps pour humaine. Il lui faudra traverser la « Vallée de l’étrange » !

Une réflexion transhumaniste pour sortir de la “Vallée de l’étrange”

« The uncanny valley », la Vallée de l’étrange (ou vallée dérangeante/inquiétante), est une théorie psychologique qui consiste à mettre en lumière le degré d’acceptation par les sociétés humaines de ce/ceux qui leur est plus ou moins différent. La théorie avance que tant qu’un individu est considéré soit comme franchement différent, soit comme suffisamment semblable, il ne provoque pas de trouble chez ceux de la communauté de référence, car il est identifié comme un élément clairement catégorisé : ami/ennemi, citoyen/étranger, etc.

Cependant, des troubles surgissent lorsque l’individu ne peut être rangé dans une catégorie bien distincte. Le sentiment de rejet serait alors encore plus fort que face à un ennemi ou un danger nettement reconnu. Le nom de “vallée” vient du fait que sur la courbe du graphique qui choisit pour abscisse le degré de similitude et pour ordonnée le degré d’acceptabilité de l’étranger, l’acceptabilité marque un profond recul lorsque la similitude, devenue proche, n’est pas encore totale.

Des robots dans la vallée de l’étrange

En robotique, la descente dans la vallée de l’étrange est déjà commencée. Les constructeurs considèrent, sans doute avec raison, qu’un robot du type de celui des aspirateurs ménagers de type Roomba ne pose pas de problème d’acceptabilité par leurs clients. Ces petites boîtes rondes et plates sont immédiatement identifiées comme étant des objets, des outils à notre service.

Mais l’ingénierie japonaise avance à grand pas vers un type de robot à l’apparence et à l’interface bien plus perturbantes. Nous n’en sommes plus seulement aux robots vaguement anthropoïdes du genre de Némo. Ceux-ci suscitent depuis longtemps, au moins depuis l’époque de la Planète Interdite (film de science-fiction des années 50) et de la Guerre des étoiles (R2D2 et C3PO/6PO), des réactions de sympathies amusées. Si leurs auteurs leur ont prêté des comportements de caricatures humaines, leur allure ne prêtent nullement à confusion. En échange, les dernières générations présentent des modèles qui imitent parfaitement la voix humaine, qui miment de façon stupéfiante notre comportement et revêtent presque à s’y méprendre l’apparence humaine, utilisant des matériaux qui rendent leur peau ou leur chevelure indiscernable du naturel.

Pourtant, le mimétisme n’est pas encore total. Les mimiques sont encore parfois maladroites, la conversation et le mouvement demeurent limités à un répertoire programmé à l’avance. Il y manque toujours une Intelligence Artificielle ayant passé avec succès le test de Turing. Le résultat est que nous nous trouvons face à des répliques troublantes. A ce stade tout va bien encore. Ces robots ne circulent pas parmi nous. Ils sont le résultat de projets scientifiques expérimentaux. On les présente comme des curiosités lors de salons. Il y a donc une mise à distance. De plus, ils apparaissent dans la société japonaise, assurément bien plus ouverte à la technologie et à la robotique en particulier. Mais que se passerait-il si de tels robots commençaient à déambuler dans les villes occidentales ? Selon la théorie de la Uncanny valley, ils devraient faire l’objet d’un rejet massif !

C’est, je pense, que leur existence met en question un point fondamental de notre existence d’humain : notre identité.

Vers de nouvelles formes d’intolérances ?

J’ai tendance à penser que la préservation de l’identité nous est tout aussi essentielle que celle de notre propre vie. Elle est intimement liée à celle de notre Conscience. Sans elle, notre existence nous semble tout bonnement perdre sa raison d’être. La perte d’identité nous est aussi grave que la mort et cette éventualité peut provoquer en nous la même angoisse. Je trouve saisissant de me dire que, si l’un des moteurs fondamentaux du vivant, à l’échelle de la molécule, est bien la préservation, par la reproduction/duplication d’une information chimique à l’identique (ou presque), ce pourrait être la même logique qui serait à l’œuvre, au fond, à l’échelle psychologique.

Ainsi, il me paraît clair que c’est parce que nous ressentons un danger existentiel que nos réactions sont aussi exacerbées lorsque notre identité est mise en cause. Quoi de plus violent que la xénophobie ? Quoi de plus exaltée que la communion dans l’identité nationale, ethnique, celle du club de foot ou du clan et de la famille ?

Que ce soit les promoteurs de la robotique, de la cyborgisation ou de l’intervention humaine dans l’évolution génétique de l’espèce, tous se trouveront probablement confrontés aux réactions hostiles, dans un premier temps, de majorités en proie à des frayeurs irrationnelles face à une différence quasi indistincte. Il leur sera nécessaire d’anticiper ce rejet afin de l’éviter autant que faire se peut. C’est à cette force terrible qu’à commencé à se confronter le Transhumanisme : l’intolérance identitaire. Comment y échapper ?

Comment éviter, ou sortir de la vallée de l’étrange ?

Pour lire la suite de l’article, cliquez ici. Marc Roux y prend position et nous explique comment il pense sortir de la vallée de l’étrange. Sa solution est matière à débat !

Pour lire les autres articles de l’Association Française Transhumaniste: Technoprog, c’est par ici.

Marc Roux is the chair and co-founder of the French Transhumanist Association Technoprog!



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