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Transhumanisme : Comment sortir de la « Vallée de l’étrange » ? 2/2
Marc Roux   Jun 25, 2016   Silicon Maniacs  

Sous la plume de l’Association Française Transhumaniste questionnement autour de la vallée de l’étrange. Cette étrange vallée caractérise l’acceptable pour l’esprit humain.

Dans la première partie, Marc Roux, président de l’Association française Transhumaniste, expliquait le concept de “Vallée de l’étrange” avant de s’interroger : et si les modifications de l’humain menaient vers de nouvelles formes d’intolérance. Une réflexion qui le mène, aujourd’hui, à prendre position d’une façon très originale…

Originally published on Silicon Maniacs on 18/10/2011

Le Transhumanisme est confronté à une force terrible : l’intolérance identitaire. Comment y échapper ? Comment éviter, ou sortir de la vallée de l’étrange ? Que ce soit les promoteurs de la robotique, de la cyborgisation ou de l’intervention humaine dans l’évolution génétique de l’espèce, tous se trouveront probablement confrontés aux réactions hostiles, dans un premier temps, de majorités en proie à des frayeurs irrationnelles face à une différence quasi indistincte. Il leur sera nécessaire d’anticiper ce rejet afin de l’éviter autant que faire se peut.

En suivant la théorie de “l’Uncanny valley”, il me semble qu’il y aurait deux voies :

- Réduire la différence apparente entre les nouveaux “sujets de Conscience” qui pourraient émerger, comme les robots dotés d’IA fortes.

- Elargir les critères d’acceptabilité des communautés humaines.

Réduire les différences pour les accepter ?

La première solution peut paraître la plus simple. C’est la voie suivie actuellement par les roboticiens japonais. Ils considèrent que pour être acceptés par la société leurs créations devront soit être franchement différentes des humains soit confondantes de similitude.

Ce sera sans doute celle suivie par l’amélioration humaine pendant longtemps. Les premières augmentations déboucheront sans doute sur des résultats faiblement perceptibles. A l’origine, leurs premiers adeptes seront montrés du doigt, comme ont pu l’être les premiers inconditionnels du lifting, ou de l’oreillette bluetooth Puis, dans la mesure où l’intérêt de la nouveauté technique aura été partagé, on peut facilement imaginer que ces pratiques se répandront. Le rejet identitaire originel sera une fois de plus remplacé par une adhésion et une assimilation identitaire. Notez bien à ce niveau que l’identité du groupe s’en trouve à chaque fois objectivement modifiée. Néanmoins, les individus comme le groupe ont tendance à nier cette modification et à mettre en avant la continuité de leur identité. Les changements d’attitude collective peuvent être alors très rapides, au rythme des phénomènes de mode donc, après lesquels le collectif oublie l’idée même du rejet initial.

En échange, il serait probablement dangereux, pour un groupe de Transhumanistes proactifs, de vouloir brûler les étapes et de s’aventurer dans des modifications trop radicales. Tant que le sentiment d’intolérance identitaire demeure ce qu’il est dans le cerveau des humains, nous assisterons à l’apparition de groupes marginaux qui marqueront volontairement leur différence par des changements considérés comme extravagants par la majorité. Cette idée n’est bien sûr que l’extrapolation du phénomène de découverte identitaire qui a toujours marqué l’adolescence. Celui-ci joue d’ailleurs toujours un rôle important dans le dynamisme de nos sociétés, la mise en question identitaire de la communauté par la jeunesse permettant à la première de se reposer régulièrement et de manière salutaire ces questions essentielles : Qui sommes-nous ? Qui désirons-nous être ?

Mais les promesses de la manipulation transhumaniste risquent de faire courir des risques inédits aux futures bandes de jeunes excentriques. Les comportements plus ou moins asociaux ne provoquent depuis des siècles que des mesures coercitives limitées de la part des adultes. Mais qu’en sera-t-il face à une prétention affirmée à sortir de l’humanité ?

Au plus profond de la Vallée de l’étrange, au-delà d’un certain seuil qu’il est impossible actuellement de déterminer précisément, un danger terrible peut attendre l’étranger. L’Histoire nous apprend que l’intolérance identitaire est un sentiment collectif tellement fort qu’il peut conduire jusqu’à des meurtres rituels de ceux qui y sont tombés : le sacrifice humain, le bûcher, la chambre à gaz …

“Elargir” la Tolérance ?

Seule alternative peut-être à la prudence pour les Transhumanistes militants de demain : les progrès de la tolérance !

L’autre voie ne me semble pouvoir consister que dans cette amélioration humaine prioritaire, cette aspiration des humanistes de toujours, celle-là dont Voltaire se fit et reste le porte flambeau. Or, si l’Humanisme et le modernisme cartésien paraissent avoir dramatiquement échoué à faire vraiment progresser la tolérance dans les sociétés humaines, il me semble que le Transhumanisme offre un nouvel espoir.

D’une part il mise d’emblée sur une diversification infinie du vivant en général et des vecteurs de Conscience/Identité en particuliers, et d’autre part il propose à l’Humanité de se donner les moyens d’intervenir là où le bât blesse depuis toujours, au cœur de notre cerveau reptilien sans doute, aller titiller ce qui fait notre instinct de conservation en modifiant subtilement les conséquences biochimiques de notre peur de l’inconnu.

Attention ! Casse-cou ! Oui, évidemment, il ne faudra pas se tromper. A ce degré d’essentiel dans la manipulation de l’humain nous n’aurons guère droit à l’erreur. Mais une telle perspective n’est pas pour tout de suite. Nous sommes très loin de savoir où porter “le bistouri”, puisque nous n’avons à ce jour aucune idée même du genre de “bistouri” à utiliser et de l’endroit où le porter. Mais d’un point de vue rationnel, non seulement il n’y a aucune raison de penser que nous ne pourrions jamais apprendre à influer intelligemment sur notre capacité à la tolérance, mais il n’y a pas non plus de raison de penser, du moins jusqu’à aujourd’hui me semble-t-il, que nous devrions agir dans la précipitation.

Dans la perspective d’une amélioration humaine radicale, accompagnée d’un risque existentiel radical, s’impose sans doute l’application d’un principe de précaution radical afin de sortir vivant et plus fort que jamais de la Vallée de l’étrange.

Marc Roux, pour l’Association Française Transhumaniste : Technoprog !

Marc Roux is the chair and co-founder of the French Transhumanist Association Technoprog!



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