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Longévité, condition féminine et travail reproductif


Audrey Arendt
By Audrey Arendt
Technoprog

Posted: Mar 30, 2016

L ’allongement net de la durée de la jeunesse biologique soulève à tort les questions de surpopulation et de croissance démographique, lorsqu’au contraire tout porte à anticiper les effets inverses.

Originally published on Technoprog on 14 February 2016

Nous ne nous étendrons pas ici sur les rapports entre l’allongement de l’espérance de vie et la transition démographique, ni sur les rapports entre pays développés performants à faibles inégalités économiques, à forte cohésion culturelle et taux de natalité bas. Au contraire, le cadre hypothétique dans lequel nous évoluons sera ce futur décrié où les humains auront repoussé plus loin encore le vieillissement et la maladie, pour laisser place à une vie longue et en bonne santé. Qui dit bonne santé et jeunesse biologique étendues dit également capacités reproductrices prolongées.

Les démographes et sociologues abordent la baisse des taux de natalité par l’investissement des femmes dans leurs carrières et leur contribution à la société, retardant et repoussant tant et si bien la première naissance qu’il ne leur resterait qu’une fenêtre réduite  pour une seconde naissance et moins encore pour une troisième, sauf à enchaîner les grossesses. Pendant neuf mois et bien après, leur corps et leur métabolisme vont subir les transformations liées au travail reproductif. Nul ne contestera que la conception et l’enfant en bas-âge (et au-delà) représentent une rupture dans leur vie. La grossesse est une condition éprouvante qui laisse à jamais des traces d’ordre génétique telles que le microchimérisme, et des modifications irréversibles dans le corps et le cerveau de la femme, devenue mère.

Imaginons que de nouvelles technologies de la reproduction, couplées à la longévité, permettent aux femmes de rester indéfiniment fertiles et d’avoir en plus de cela, le choix d’externaliser leur grossesse, par un processus d’ectogenèse. Dans un monde où coexistent plusieurs technologies reproductives, il est plausible de penser que les femmes auront recours à différents procédés, selon leurs sensibilités, leurs croyances ou leurs modes de vie et que nous verrons également subsister la reproduction biologique traditionnelle aux côtés de méthodes artificielles, qu’il s’agisse d’ectogenèse intégrale ou partielle, pour des raisons médicales ou par choix personnel.

1. L’ectogenèse

L’ectogenèse désigne un ensemble théorique de procédés biotechnologiques permettant de mener à terme le développement d’un embryon par incubation fœtale extra-corporelle. Autrement dit, un procédé de conception de l’être humain dans un utérus artificiel ou exomatrice. Les scientifiques obtiennent actuellement des organoïdes, des amas de cellules organisés à partir de cellules pluripotentes induites qui vont se différencier en reproduisant les tissus de l’organe cible. Nous obtenons ainsi des organoïdes de foie, de reins, de poumons, de tissu mammaire entre autres, et même de cerveau. A terme et parmi de nombreuses applications thérapeutiques, la reproduction d’organes entiers est envisageable. Néanmoins l’utérus attendra. Pour le moment, nous arrivons à produire du fluide amniotique artificiel et nous réduisons progressivement le stade où l’embryon peut être pris en charge de manière extra-utérine en soins néonataux [1]. Aujourd’hui le stade minimal de survie et de prise en charge du fœtus humain en incubateur est de 22 semaines. Plus loin encore, une équipe universitaire de Cornell [1] est parvenue à développer un embryon humain durant dix jours dans une exomatrice. Si leur travail fut soumis à une législation bioéthique limitant l’expérience à 14 jours au maximum, le but était bel et bien de réaliser une matrice artificielle fonctionnelle pour l’embryon humain. En parallèle, la biotechnologie du développement expérimente sur des fœtus de mammifères et accomplit d’énormes avancées, réalisant des processus d’ectogenèse partielle.

Une matrice à double sens

Si la bioéthique transhumaniste et la fiction d’anticipation s’interrogent d’ores et déjà sur la nature et l’identité de l’être humain conçu en exomatrice, ainsi que sur les legs épigénétiques pesant sur des générations fabriquées en environnement fœtal artificiel, d’autres questions sous-jacentes aux technologies reproductives ectogénésiques méritent considération. Notamment ce qu’il adviendrait du genre féminin et l’avenir réservé au corps de la femme, ainsi que des relations mère-enfant.

Nous connaissons l’importance des effets épigénétiques ayant trait à la gestation intra-utérine, et qui se réalisent par des échanges constants entre la mère et le fœtus. C’est l’une des raisons pour lesquelles la question des mères porteuses soulève autant de polémiques. La part génétique, provenant des parents, qui va déterminer le fœtus serait même moins importante que son pendant épigénétique [3]. En comparaison, un enfant adopté aurait peut-être même plus de chances de posséder un épigénome plus proche de ses parents adoptifs qu’un enfant né d’une mère porteuse vis-à-vis des parents fournisseurs du matériel génétique. En revanche, le développement du fœtus en exomatrice, considérant que la technologie peut reproduire dans une certaine mesure, l’environnement épigénétique archétypique de la mère, sera bien plus sécurisé et monitoré que dans le ventre d’une femme soumise à un environnement pollué, au stress quotidien, à des erreurs alimentaires ou tout simplement, à la prise de médicaments. Que nous réussissions à lutter contre le vieillissement de manière spectaculaire ne nous rend pas moins périssables : nous restons des organismes vivants sujets à l’entropie.

Un dernier point en faveur des exomatrices concerne la gestation pour autrui. En effet le procédé n’aurait plus lieu d’être. La GPA est énormément discutée, tant pour ses conséquences éthiques de marchandisation du corps dans les pays où la procédure est rémunérée, que pour les difficultés d’ordre psychique, dont l’attachement fort (biologique et évolutionnaire) à l’enfant développé au cours de la grossesse par la mère porteuse [4]. Ce serait la fin d’un imbroglio bioéthique sur lequel tous les pays sont loin de s’accorder.

La grossesse, menée à terme ou interrompue, marque dans le corps des femmes une rupture radicale entre l’avant et l’après. Les niches de cellules fœtales, responsables de maladies auto-immunes [5] et de nombreux phénomènes en cours d’étude, qui ont colonisé les organes et le cerveau de la mère, peuvent subsister jusqu’à deux ou trois décennies après l’accouchement [6]. D’ici là, dans notre monde soumis aux contraintes du vieillissement, autant dire que les effets épigénétiques de la grossesse subsistent pour le restant de leur vie. Le phénomène joue évidemment un rôle évolutionnaire dans la survie du nouveau-né et il est alors juste de dire qu’une mère donne sa vie pour son enfant, qu’elle le veuille ou non. Toujours d’un point de vue évolutionnaire, l’ocytocine dite hormone de l’attachement, massivement produite lors de l’accouchement, consolide le lien mère-enfant chez les mammifères dont les humains. Le taux d’ocytocine mesuré dès le premier trimestre de grossesse peut même prédire avec succès le niveau d’attachement d’une mère à son enfant après l’accouchement, dans ses aspects mentaux et comportementaux [7]. Que nous vivions trente ans de plus ne changerait rien à ce phénomène qui persisterait dans la biologie de la reproduction tant que les femmes seraient fertiles. La médecine régénérative et les biotechnologies visant à allonger la durée de notre jeunesse doivent prendre en compte que les processus à l’œuvre, dans le vieillissement et la maladie chez l’homme et chez la femme, diffèrent grandement sur ces points-là.

Se délivrer de la délivrance ?

Dans la perspective d’un accès à la reproduction par exomatrice, nous entrerions dans une nouvelle dimension de la biologie féminine. Le jour où les femmes cesseront d’engendrer, elle verront tout autant leur corps se transformer. Le simple arrêt de la fonction reproductrice sur plusieurs générations entraînera des modifications dans la physiologie féminine. Le microchimérisme qui se produit lors de la grossesse, même lorsque celle-ci est prématurément interrompue, n’aura plus lieu. Les études actuelles en présentent des effets discutés. Comme évoqué plus haut, les cellules fœtales seraient responsables de maladies auto-immunes chez la femme, tout autant qu’elles pourraient protéger son métabolisme de cancers [8] et d’inflammations. Par exemple, on trouve chez les femmes atteintes d’un cancer du sein, des cellules fœtales en moindre abondance que chez les femmes en bonne santé. Mais c’est là tout ce que l’on peut affirmer sans pouvoir discerner le symptôme ou la cause.

Si la femme venait à cesser de remplir les fonctions de reproduction, et ainsi devenue biologiquement obsolète, que se passera-il ? Son métabolisme s’adaptera et évoluera pour sa survie, libérant de l’espace et du temps de cerveau pour d’autres tâches sociétales, contribuant à l’évolution et au progrès, quels qu’en soient les paradigmes. Si le but du vivant est, comme le présente la dernière théorie évolutionnaire faisant le buzz, d’accroître l’entropie en dispersant un maximum d’énergie [9], les humains ont encore de longues ères devant eux et nul ne peut prédire ce qu’il adviendra de nous. Sans aller aussi loin, au bout de n générations, la femme exempte de la fonction reproductrice verra peut-être un amoindrissement de ses attributs typiquement féminins, tels que la poitrine devenue inutile et ne connaissant plus le phénomène de lactation, la largeur des hanches et tous les attributs évolutionnaires développés pour le travail reproductif et la survie de la progéniture. L’attachement mère-enfant également, changerait de nature au long terme. Mais il n’est pas nécessaire de vivre une grossesse pour produire de l’ocytocine et créer de l’attachement envers un enfant (cf. l’adoption), tout comme une grossesse ne garantit pas la facilité de l’attachement. Les dépressions post-partum et des problèmes psychiques peuvent perturber le processus de lien. [10]

Moins soumises aux affres des revirements hormonaux et loin de l’image, quelque peu inquiétante, d’une mère au cerveau égoïstement colonisé de manière survivaliste par les cellules de l’alien qu’elles portent en elles, et qui les aliène de ce fait à leur propre vie, nous pourrions nous attendre à ce que les femmes, ainsi mises au chômage reproductif, poursuivent et approfondissent le travail de participation active à la société qu’elles ont commencé. Au premier plan et non au second plan, depuis la gestion de l’économie du foyer et des enfants ou en partage.

Moins dépendantes et sujettes à l’appel de l’enfant, les soins délivrés à celui-ci pourraient être départagés plus équitablement dans la cellule parentale, si encore le modèle demeure sans connaître de nombreuses variations. Lorsque le corps s’affranchit de l’instinct et du joug hormonal, le calcul rationnel et la raison, prennent le relais. Le détachement n’a pas à devenir synonyme d’abandon ou de négligence, et bien au contraire, peut-il laisser place à plus de sagesse et d’intelligence dans les décisions que nous prenons en amont des générations futures. Ainsi, pourrions-nous voir se développer des modèles alternatifs de soins délivrés aux enfants en bas-âge et de nouveaux champs de services à la personne s’ouvrir à l’heure du tout automatisé, ou même les robots commencent à jouer les auxiliaires de vie [11].

Le corps de la femme-mère, jusqu’ici considéré comme l’autel de la génération humaine, deviendrait celui d’un humain comme les autres. Est-ce à dire que les motivations de l’espèce humaine en seraient nivelées ou altérées, une fois que les besoins de la reproduction rendraient obsolètes jusqu’aux rapports sexuels ? Nous en douterions très fortement. L’hubris humaine a bien des jours encore devant elle, et si une certaine partie de la population s’assagissait par l’expérience d’une très longue vie et d’un corps rationalisé, la multitude des sociétés humaines continueraient d’avancer à des vitesses très différentes.

Notre futur est un futur riche en biodiversité humaine, trop riche peut-être, et le rêve d’un monde homogène à l’ère de la longévité et de l’économie de l’abondance n’est pour l’instant que l’utopie d’une classe créatrice en particulier.

2. Fertilité prolongée

Aujourd’hui, nous voyons les taux de natalité baisser dans les pays performants à faibles inégalités [12], où les femmes font de longues études et s’inscrivent dans le monde par leurs aspirations professionnelles, leurs intérêts personnels et sont, par l’instruction, moins vouées au travail reproductif et émotionnel [13]. Tout autant que les hommes, elles sont poussées à la réussite sociale, à la capitalisation et participent à part égale à l’économie financière des ménages, lorsqu’elles ne sont pas tout bonnement mère-célibataires. Comme les hommes, elles obéissent à l’impératif occidental de performance : Mme Rachida Dati choisissait d’en montrer l’exemple extrême et très justement contesté, en revenant au travail seulement cinq jours après l’éreintant labeur de délivrance (aussi réjouissant fût-il d’un point de vue psychique). Aussi, dans une société ou les femmes sont des humains comme les autres – et non des surhumaines – visant des carrières et des investissements sociétaux d’envergure en dehors du foyer, la brèche existentielle que représente la conception d’un enfant rendrait presque inenvisageable une deuxième, voire une troisième répétition de l’évènement. Car la vie doit reprendre son cours jusqu’à retrouver un rythme optimal, pas avant l’autonomisation de l’enfant.

Une fois la vie repartie comme un maglev, il est trop tard. La femme n’est biologiquement plus apte à enfanter en sécurité, que ce soit pour la santé de l’enfant ou la sienne propre. C’est en partie pourquoi les taux de natalité sont aussi bas dans les pays très performants. Nous ne comptons pas ici la France, ni les USA où les inégalités économiques et les disparités culturelles ne permettent pas une telle homogénéité, mais les pays asiatiques tels que Taiwan, Singapour et la Corée du Sud. La France, pour prendre notre exemple, est un pays qui avance à plusieurs vitesses, et autant pour sa démographie, son accès aux soins médicaux et à l’instruction.

Mais est-ce alors à dire, qu’avec un allongement net de la jeunesse biologique et donc de la fertilité, les femmes se mettraient à engendrer de plus en plus ? Devrons-nous songer à mettre en place des politiques eugénistes visant à réguler la démographie humaine des sociétés médicalement avancées ? En écartant l’hypothèse d’un contexte de convergence technologique qui anticiperait de nouvelles méthodes de gestions des ressources, capables de soutenir une population croissante ou en migration vers des colonies spatiales, et résolvant d’une manière ou d’une autre toute problématique de surpopulation, pouvons-nous craindre une croissance démographique ?

Lorsque les femmes auraient tout le temps biologique du monde (ou presque) pour vivre une grossesse, rien ne nous permet encore de déduire qu’elles enfanteraient plus qu’elles le font actuellement. Probablement se permettraient-elle d’espacer les naissances, et non d’enchaîner le labeur. Le temps de vie qu’elles gagneraient dans la perspective d’un accès démocratique à la longévité serait investi à proportion des activités et intérêts qu’elles menaient déjà dans le monde. Aussi, dans une optique carriériste, militante, politique, artistique, universitaire, scientifique ou tout à la fois peut-être, les femmes continueraient-elles tout simplement de faire ce qu’elles se sont engagées à faire. Peut-être pour le pire, rompues à la haute-performance et à l’hyperactivité, accumulant le capital suivant l’injonction d’auto-exploitation et d’auto-entreprenariat servie par une société néolibérale, ou peut-être pour le meilleur, prenant le temps de la recherche et de l’étude, développant un projet personnel ou collaboratif d’activités artistiques ou de recherches, et s’occupant de l’enfant à part égale de leur compagnon, de leur compagne ou de leurs partenaires, sans ressentir la pression de l’épée de Damoclès biologique peser sur leur tête. « Un deuxième enfant, pourraient-elles songer, peut-être, dans une vingtaine d’années. » Et ceci, sans obtenir une croissance démographique exponentielle [14], loin s’en faut.

Ni l’hypothèse d’un allongement net de la jeunesse biologique ni celle de l’ectogenèse ne nous pousserait à craindre une augmentation du taux de natalité et une croissance démographique. Principalement parce que les biotechnologies à l’œuvre et les civilisations qui les soutiendraient sont par définition celles qui cherchent à transcender la condition humaine. Dans une société avancée qui prodiguerait un accès démocratique à ces technologies, les femmes seraient doublement libérées de la pression biologique – mais avant tout sociale – du travail reproductif, choisissant le moment et la manière de mettre au monde un nouvel être humain, pour le plus grand bien de ce dernier, lorsqu’encore cela les regarderaient elles seules, ce qui n’est plus le cas avec l’ectogenèse.

Lorsque l’on accepte de reconnaître que l’évolution de l’humain va de pair avec la technologie qu’il produit, depuis le feu jusqu’à la génédition, Il n’y a pas, avec l’ectogenèse, de dénaturation de l’humain au fondement même de sa création. La condition humaine, c’est celle de son invention et de sa réinvention continuée au travers des nouvelles générations. Aussi, n’ayons pas peur de réinventer l’homme et moins encore, de réinventer la femme. En lui donnant le choix de se réapproprier ce corps qu’elle a perdu à un moment indéterminé de la très courte histoire de l’humanité, pour enfin pouvoir l’oublier et mener une vie proprement humaine. Jusqu’à ce que nous en arrivions ici, les questions de genres resteront des questions de principe creux qu’il est inutile de poser. Probablement, n’aurions-nous pas besoin de vivre trente ans de plus pour mener une vie épanouissante, si nous étions nés dans une société démocratique du partage et de l’abondance, et probablement aussi, la condition féminine ne serait pas vécue par nombre de femmes, de manière aussi conflictuelle.

Lorsqu’au beau milieu d’un débat de société ou d’un échange soutenu sur les réseaux sociaux, vous vous demandez où sont les femmes et pourquoi on ne les entend jamais, souvenez-vous qu’elles en sont toujours à mener des quadruples journées, à jongler avec leur vie, celle de leur partenaire, celle de leurs enfants et la trame raréfiée de leurs intérêts personnels. Tandis que les plus jeunes, par rejet et en réaction au rôle biologique qui leur est imposé, en dissonance cognitive d’une société où ‘tout est possible’, perdent leur énergie et leur moral dans des mouvements revendicatifs impropres à identifier de véritables problématiques et échouant dès lors à engager un dialogue véritable.

Si l’un des objets du transhumanisme est bien d’améliorer la condition humaine en soulageant le corps de l’asservissement à la maladie et au vieillissement, peut-être devrait-il réfléchir aussi à reconsidérer et élargir la catégorie des jougs biologiques de notre condition. La vieillesse et maintenant la mort même viennent à être considérées comme des maladies à éradiquer, lorsque notre conception traditionnelle les intégrait jusqu’ici comme les fins d’un processus biologique naturel inexorable. Le propre de la vie telle que nous la connaissions jusqu’ici était l’éternel retour, dans le renouvellement, c’est-à-dire la mort des vielles générations et la naissance de nouvelles. Aussi, le transhumanisme nous apparaît ici dans un aspect plus fondamental encore, qui est celui d’une réponse et d’une réaction à la difficulté devant laquelle nous sommes confrontés dans nos sociétés néolibérales, lorsque nous visons une vie bonne, un juste dosage de la vita activa et de la vita contemplativa cher aux anciens. Il s’agit de vivre plus longtemps parce que nous n’avons pas le temps de vivre actuellement. Autant pour le versant féminin d’un transhumanisme qui souhaiterait à juste titre, se délivrer de la délivrance et se délivrer de mettre au monde, parce que les femmes n’ont pas pour elles, le temps d’être-au-monde.

Si nous parvenons à ouvrir cette boîte de Pandore et renverser la fatalité, alors faisons en sorte de l’ouvrir pour tous les humains, les hommes et les femmes. Puisque une longue vie en bonne santé est bel bien la fin que vise le transhumanisme longévitiste, alors la reproduction, comme altération biologique irréversible du corps féminin, devrait peut-être avoir son ticket d’entrée dans le programme.

Références

[1] http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/j.1749-6632.2011.05999.x/abstract
[2] Dirigée par le Dr. Helen Hung-Ching Liu, Directrice du Reproductive Endocrine Laboratory at the Center for Reproductive Medicine and Infertility, à l’université de Cornell.
[3] http://blogs.legeneraliste.fr/humeursmedicales/2014/08/gestation-pour-autrui-dernieres-affres-du-%C2%AB-tout-genetique-%C2%BB/
[4] http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2125754/
[5] http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2894651/
[6] https://www.psychologytoday.com/blog/brain-food/201210/how-your-child-s-dna-invades-your-brain
[7] http://pss.sagepub.com/content/18/11/965
[8] “With respect to breast cancer, existing data paints a complex picture. Fetal cells are generally found in lower abundance in women with breast cancer, compared with healthy women, suggesting they may play a protective role. On the other hand, some data indicates that fetal cells may be linked with a transient increase in the risk of breast cancer in the years immediately following pregnancy.”http://www.sciencedaily.com/releases/2015/08/150828091354.htm
[9] http://www.yalescientific.org/2014/07/origins-of-life-a-means-to-a-thermodynamically-favorable-end/
[10] http://www.livescience.com/11007-dark-side-adoptions-parents-kids-bond.html
[11] http://www.telegraph.co.uk/news/science/science-news/12073587/Meet-Nadine-the-worlds-most-human-like-robot.html
[12] http://www.lapresse.ca/international/asie-oceanie/201012/26/01-4355487-la-baisse-du-taux-de-natalite-en-asie-inquiete.php
[13] http://www.theguardian.com/world/2015/nov/08/women-gender-roles-sexism-emotional-labor-feminism
[14] http://www.martinborchjensen.com/hypotheses/overpopulation/

 


Audrey Arendt has a Master degree in Philosophy (Analytical Phi and Social epistemology) and a Master degree in Institutional Communications. She’s a transhumanist and a technoprogressivist, co-founder of the Transhumanist Party France and member of the AFT Technoprog! She also likes writing social science fiction pieces and spending time in Second Life.
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